Transit, 2004

Filmer ou photographier les lieux de passage entre l'Égypte et Gaza est interdit. Dès 2003, j'ai donc décidé de documenter clandestinement – et de ce fait partiellement – mes voyages entre le Caire et la frontière de Rafah. C'est à partir de ces enregistrements que j'ai réalisé, en septembre 2004, la vidéo Transit : succession d'images fixes prises hâtivement, irrégulièrement ponctuées d'espaces vides (noirs), montées sous forme de diaporama, et dont la seule dimension sonore est la scansion régulière d'un projecteur diapo. Pour tout dénouement, une unique séquence en mouvement (ralenti). Transitreflète les conditions de la difficile, voire de l'impossible, mobilité des Palestiniens aujourd'hui.

Transits'inscrit dans la lignée d'une série de travaux produits depuis 1997 et qui interrogent les notions de déplacement, d'entre-deux, de non circonscription : Sans titre(valise(s) et sable, 1998), Une fenêtre en voyage(1999), Voyage impossible (2002), Départ(2003) et plus récemment, Sans titre(sablier, 2007), Sans titre (2007). Plus localisée, la vidéo Transitcorrespond, en quelques sortes, à une tentative de contre-information. Vidéaste non autorisé, voyageur parmi les voyageurs, je me distingue du reporter travaillant pour une instance officielle. Les images fixes, maladroitement cadrées, se succèdent lentement ; rien ne se passe, que l'attente des voyageurs. Depuis juin 2006, cette frontière est maintenue hermétiquement fermée par Israël. Elle est même, à l’heure où j’écris ces lignes (janvier 2009), bombardée par l’aviation israélienne.

Filmer ou photographier ce lieu était, pour moi, un moyen de témoigner de cette réalité trop peu documentée, une manière d’agir ou de résister face à cette situation où l’attente est la seule occupation.

 

Sans titre (Sénégal, 2003-2004)

Me 2, 2003

Un autoportrait saccadé : sur un air de Gloria Gaynor ("I Will Survive") capté lors d’un carnaval de rue, je tourne sur moi-même dans mon appartement.


Cette vidéo, réalisée au début de la guerre en Irak en 2003, est une superposition de deux plans simultanés : un double regard. Je tourne en me regardant tourner. J’ai choisi ce geste impromptu comme réaction personnelle à la guerre et à sa représentation violente, voire perverse, proposée par les médias...

duration 02’04’’

Départ, 2002

La vidéo Départévoque l’errance contemporaine. Errance migratoire des silhouettes brouillées, anonymes, des ombres enregistrées par l’artiste palestinien : départ, retour (contraint ou choisi) vers une destination d’origine. A l’heure où certains dressent des plans d’exclusion des oiseaux de passageet où d’autres érigent des frontières impraticables, Taysir Batniji désigne, à travers un va-et-vient hésitant orchestré par le ralenti saccadé de l’image, la possibilité d’un entre-deux culturel. Etre ici et ailleurs. D’autres part, les indices visuels montés par l’artiste ont tous été prélevés dans une zone de non-appartenance, un entre-lieu en quelque sorte : la mer. Dans le viseur immobile de la caméra, seul le passage des corps flottants est perceptible.

Texte de Sophie Jaulmes, catalogue de l’exposition C’est(-) à (-) dire ! États du monde, états d’arts, Palais des Papes – Avignon, mai 2003

duration 03’20’’

Sans titre, 2002

Le reflet d'une ombre disparaissant, un corps s'effondrant dans le sable, éternellement balayée par les vagues... Une métaphore de la disparition.

duration 01’56’’

Gaza-journal intime, 2001

Un hachoir coupe de la viande. Entre la césure visuelle des moniteurs et le parcours haché du spectateur, une des images symbolique de l'exposition pourrait être celle du hachoir à viande de Taysir Batniji. Réalisée en Palestine en 2001, cette vidéo réfléchit sur les qualités et les propriétés du médium vidéographique autant que sur le poids politique d'une autre césure, celle qui sépare des populations voisines. Les arrêts sur image se multiplient tout en préservant la continuité de la source sonore ; les seules images animées sont celles qui servent de plan de coupe systématique. Elles-mêmes évoquent le montage cut ou la fermeture de l'obturateur : un hachoir coupe de la viande.

Frédérique Boitel, avril 2002  / A l'occasion de l'exposition "C'est pas du cinéma !" réalisée par Michel Nuridsany au Centre d'art du Fresnoy, Tourcoing.

duration 4’52’’