Mobil-home 2007

Le navire, c'est l'hétérotopie par excellence. Dans les civilisations sans bateaux les rêves se tarissent, l'espionnage y remplace l'aventure, et la police, les corsaires.

(Michel Foucault, « Des espaces autres », 1967)

 

Valises, clefs, fenêtre, ferry (Départ, 2002), murs de la ville (Sans titre, Gaza Walls, 2001), « miroir » (Me 2, 2003), chambres de passage (Chambres, 2005), lieux de commerce (Pères, 2005), aéroports, cars, frontières (Transit, 2004), article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme fondu dans une nappe de chocolat suisse (L'homme ne vit pas seulement de pain, 2007) : imaginaire, métaphorique ou réel, privé ou public, chaque espace (non-lieu) produit ou documenté par Taysir Batniji semble se soustraire à toute tentative de circonscription. Comme s'il s'agissait de rappeler que, contraintes ou non, vécues seul ou à plusieurs, l'impermanence et l'itinérance sont, à l'instar de l'image du navire chez Foucault, un prérequis à la liberté. Car, si la notion d'un chez-soi réclamé (maison, patrie, terre...) scande le travail de l'artiste palestinien, tels les droits que l'on exige à juste titre, ce n'est jamais sans inclure sa propre fragilité, ses propres mutations ou interstices. Au confort et à l'immuabilité du home (Sweet home), Taysir Batniji oppose le mobil-home. Le mouvement incessant et le déplacement des frontières ne sont-ils pas le fondement de toute pratique artistique critique ? Se déposséder, outre la dépossession subie, d'une identité par trop déterminée et déterminante, charrier un tas de sable, sans fin, sans but, d'un côté à un autre d'une ligne idéelle, cristalliser son trousseau de clefs, laisser aux autres le soin de consumer, s'ils le souhaitent, les textes de lois manifestement voués à la déliquescence (L'homme ne vit pas seulement de pain, 2007), immortaliser les intérieurs absentés des Chambresd'un lieu où l'on a fait que passer, autant d'actes qui participent à l'élaboration d'une oeuvre en perpétuel devenir.

 

 

                                                            Sophie Jaulmes