Sans titre (Gaza, 1999-2006)/Chez moi

Chez mo

Cette série dénote la mélancolie des après-midi chauds et humides gazaoui durant lesquels je m'abritais chez moi, au frais. Las, engourdi par la chaleur, je comblais l'ennui en lisant, en faisant un somme ou, le plus souvent, en photographiant les murs, les formes créés par l'ombre des choses environnantes et par la lumière sur le sol de ma chambre ou dans les recoins de notre maison, j'enregistrais ce que je voyais de ma fenêtre (au point de me trouver un jours face à deux images quasiment identiques prises à plus de trois ans d'intervalle) ou bien les membres de ma famille, ou encore des moments de retrouvaille, de fête ou de simples réunions de famille. Je photographiais souvent mes neveux qui, pour venir me voir, montaient les escaliers conduisant à ma chambre l'un après l'autre, sur la pointe des pieds, par peur de me déranger ou par timidité. J'ai aussi photographié l'atelier que j'ai construit dans une partie de la maison en 2001, et dans lequel je n'ai travaillé que quelques heures. À peine le chantier achevé, j'ai quitté Gaza pour une résidence de huit mois en Allemagne, à Stuttgart. Ensuite, je suis retourné en France où j'avais déjà vécu cinq ans. Depuis, je rentre chez moi chaque année (quand c'est possible), j'ouvre mon atelier, je fais le ménage pour chasser la poussière qui s'est amoncelée pendant mon absence et je le referme parce que c'est déjà le moment de repartir...

Taysir Batniji